Film de Michael Powell et Emeric Pressburger (A matter of life and death, GB, 1946). Scénario : M. Powell et E. Pressburger. Image : Jack Cardiff. Musique : Allan Gray. 105 mn. VO. Avec David Niven : Peter Carter. Kim Hunter : June.
Genre : immortaliser l'amour
Mai 1945 : dans son avion en flammes, Peter Carter, chef d'escadrille de la Royal Air Force, entre en contact avec June, une jeune opératrice radio américaine. Flegmatique et charmant, il la bouleverse en lui confiant ses dernières pensées. Après un saut dans le vide sans parachute, il reprend conscience, flottant à la surface de la mer. Un miracle ? Non, une erreur d'« aiguillage », comme le lui explique le messager céleste qui vient le récupérer un peu plus tard. Mais, pendant ses heures de sursis, Peter a retrouvé June et refuse de la quitter. Il décide de « faire appel »...
D'une commande passée par le gouvernement britannique pour exalter la fraternité anglo-américaine, Michael Powell et Emeric Pressburger firent une ode à l'amour, la meilleure des pièces à conviction, même dans un procès contre le Ciel. On pense à Lubitsch qui, trois ans auparavant, prétendait déjà que Le ciel peut attendre. Powell et Pressburger usent d'ailleurs du même humour que le grand Berlinois dans leur description de l'« administration » céleste. De plus, grâce à un usage inédit de la couleur, merveilleux dans les deux sens du terme, ils transcendent le discours amoureux. Si leur au-delà est monochrome, leur ici-bas au Technicolor flamboyant donne à la vie des contours fantastiques. Atteint d'une grave affection du cerveau, Carter n'est-il pas simplement victime d'hallucinations ? En entretenant sa confusion, Powell et Pressburger posent, en filigrane, la question du réel. Et nous laissent croire que la vie tient autant à la science d'un bistouri qu'à la magie d'une larme.
Guillemette Odicino
Télérama, Samedi 28 mars 2009
Genre : immortaliser l'amour
Mai 1945 : dans son avion en flammes, Peter Carter, chef d'escadrille de la Royal Air Force, entre en contact avec June, une jeune opératrice radio américaine. Flegmatique et charmant, il la bouleverse en lui confiant ses dernières pensées. Après un saut dans le vide sans parachute, il reprend conscience, flottant à la surface de la mer. Un miracle ? Non, une erreur d'« aiguillage », comme le lui explique le messager céleste qui vient le récupérer un peu plus tard. Mais, pendant ses heures de sursis, Peter a retrouvé June et refuse de la quitter. Il décide de « faire appel »...
D'une commande passée par le gouvernement britannique pour exalter la fraternité anglo-américaine, Michael Powell et Emeric Pressburger firent une ode à l'amour, la meilleure des pièces à conviction, même dans un procès contre le Ciel. On pense à Lubitsch qui, trois ans auparavant, prétendait déjà que Le ciel peut attendre. Powell et Pressburger usent d'ailleurs du même humour que le grand Berlinois dans leur description de l'« administration » céleste. De plus, grâce à un usage inédit de la couleur, merveilleux dans les deux sens du terme, ils transcendent le discours amoureux. Si leur au-delà est monochrome, leur ici-bas au Technicolor flamboyant donne à la vie des contours fantastiques. Atteint d'une grave affection du cerveau, Carter n'est-il pas simplement victime d'hallucinations ? En entretenant sa confusion, Powell et Pressburger posent, en filigrane, la question du réel. Et nous laissent croire que la vie tient autant à la science d'un bistouri qu'à la magie d'une larme.
Guillemette Odicino
Télérama, Samedi 28 mars 2009
Film d'animation de Luc Besson (France, 2006). Scénario : L. Besson, Céline Garcia, Patrice Garcia. 105 mn. Inédit. VM. Avec Freddie Highmore et Mia Farrow (et, en VF, les voix de Mylène Farmer et Alain Bashung).
Genre : l'enfance est l'avenir de l'homme.
C'est donc avec un film pour enfants que Besson prétend faire ses adieux à la réalisation (il a répété qu'il s'arrêterait au dixième film). Dans une campagne américaine des années 60 qui fleure bon l'apple pie, un garçonnet veut sauver sa mamie de l'expropriation (Mia Farrow, tellement éthérée qu'elle imprime à peine la pellicule). En quête d'un trésor, il pénètre dans un monde peuplé de lutins plus combatifs et sages que les humains... Habitude bessonienne, le scénario d'Arthur et les Minimoys est lilliputien. Mais, avec sa multitude de minicréatures, le cinéaste opère un syncrétisme d'heroic fantasy à large spectre, allant de Dark Crystal à Star Wars, du Seigneur des anneaux aux BD de Loisel. Et Selenia, la princesse techno punk qu'il attache à son héros, est une séduisante synthèse en 3D de son éternel féminin.
Avec ce film plus personnel qu'il n'y paraît, Besson n'a plus besoin de se cacher derrière les fusillades, les cités futuristes ou dans les profondeurs marines pour dire sa peur de l'âge adulte. Pour cultiver sa part d'enfance, il va juste au bout du jardin et le fait devant un public « de son âge ». On peut trouver le testament riquiqui, mais on peut aussi y voir la clôture logique d'une carrière de grand gosse resté naïf, même bourré d'argent de poche.
Guillemette Odicino
Télérama, Samedi 12 avril 2008
Genre : l'enfance est l'avenir de l'homme.
C'est donc avec un film pour enfants que Besson prétend faire ses adieux à la réalisation (il a répété qu'il s'arrêterait au dixième film). Dans une campagne américaine des années 60 qui fleure bon l'apple pie, un garçonnet veut sauver sa mamie de l'expropriation (Mia Farrow, tellement éthérée qu'elle imprime à peine la pellicule). En quête d'un trésor, il pénètre dans un monde peuplé de lutins plus combatifs et sages que les humains... Habitude bessonienne, le scénario d'Arthur et les Minimoys est lilliputien. Mais, avec sa multitude de minicréatures, le cinéaste opère un syncrétisme d'heroic fantasy à large spectre, allant de Dark Crystal à Star Wars, du Seigneur des anneaux aux BD de Loisel. Et Selenia, la princesse techno punk qu'il attache à son héros, est une séduisante synthèse en 3D de son éternel féminin.
Avec ce film plus personnel qu'il n'y paraît, Besson n'a plus besoin de se cacher derrière les fusillades, les cités futuristes ou dans les profondeurs marines pour dire sa peur de l'âge adulte. Pour cultiver sa part d'enfance, il va juste au bout du jardin et le fait devant un public « de son âge ». On peut trouver le testament riquiqui, mais on peut aussi y voir la clôture logique d'une carrière de grand gosse resté naïf, même bourré d'argent de poche.
Guillemette Odicino
Télérama, Samedi 12 avril 2008
Film de Ken Loach (GB, 1971). Scénario : David Mercer, d'après sa pièce. Image : William McCrow et Charles Stewart. Musique : Mark Wilkinson. 105 mn. VF. Avec Sandy Ratcliff : Janice. Bill Dean : son père. Grace Cave : sa mère.
Genre : drame.
Une ville anglaise, gorgée d'humidité, quadrillée par d'identiques pavillons grisâtres. Dans l'un d'entre eux, une famille « normale » se désagrège lentement. Janice, la fille, étouffe, disparaît entre ses parents. Comme si les murs se rapprochaient pour l'avaler. Le père, borné, immobile, a renoncé à exister depuis longtemps. La mère, terrifiant échantillon d'humanité, bourreau ordinaire en chignon impeccable, enserre la maisonnée, et surtout sa fille, dans un incessant discours normatif. Janice ne trouve pas l'issue, comme privée d'elle-même. Un « sentiment d'irréalité » qui l'amène droit à l'hôpital psychiatrique...
Ce troisième film de Ken Loach contribue à fonder le langage cinématographique du réalisateur : plans moyens, à distance respectueuse, délicate, infiniment subtile, des personnages, récit proche du documentaire (c'est, par exemple, un vrai psychiatre qui conduit la première thérapie suivie par Janice). Family Life est aussi, comme toujours chez Ken Loach, et ici plus que jamais, un avis de désastre social. La famille, la société, le travail, comme autant de systèmes gigognes, aliénants et pathogènes. Marqué par les thèses de l'antipsychiatrie, à l'époque où le débat faisait rage, le cinéaste s'en prend également avec violence aux méthodes traditionnelles de traitement, électrochocs et tranquillisants. L'un des meilleurs films de Ken Loach.
Cécile Mury
Télérama, Samedi 16 mai 2009
Genre : drame.
Une ville anglaise, gorgée d'humidité, quadrillée par d'identiques pavillons grisâtres. Dans l'un d'entre eux, une famille « normale » se désagrège lentement. Janice, la fille, étouffe, disparaît entre ses parents. Comme si les murs se rapprochaient pour l'avaler. Le père, borné, immobile, a renoncé à exister depuis longtemps. La mère, terrifiant échantillon d'humanité, bourreau ordinaire en chignon impeccable, enserre la maisonnée, et surtout sa fille, dans un incessant discours normatif. Janice ne trouve pas l'issue, comme privée d'elle-même. Un « sentiment d'irréalité » qui l'amène droit à l'hôpital psychiatrique...
Ce troisième film de Ken Loach contribue à fonder le langage cinématographique du réalisateur : plans moyens, à distance respectueuse, délicate, infiniment subtile, des personnages, récit proche du documentaire (c'est, par exemple, un vrai psychiatre qui conduit la première thérapie suivie par Janice). Family Life est aussi, comme toujours chez Ken Loach, et ici plus que jamais, un avis de désastre social. La famille, la société, le travail, comme autant de systèmes gigognes, aliénants et pathogènes. Marqué par les thèses de l'antipsychiatrie, à l'époque où le débat faisait rage, le cinéaste s'en prend également avec violence aux méthodes traditionnelles de traitement, électrochocs et tranquillisants. L'un des meilleurs films de Ken Loach.
Cécile Mury
Télérama, Samedi 16 mai 2009
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